V/a, Echo Location (OS.010)

15,00

MARQUIS DE SADE « Conrad Veidt » 5’02
CLAIR OBSCUR  » Blume » 3’40
COMPLOT BRONSWICK « La guerre est déclarée » 4’04
D.D.A.A (Déficit des Années Antérieures) « 25 pièces sont vides » 6’02
END OF DATA « Come back to Sahrah » 4’44
VON MAGNET « Do the Magnet » (Mimetic mix) 3’34
eL TiGeR CoMiCs GRoUPS« By Knight » 3’35
NOX « Badi » (melting again the roots mix) 6’27
GITANJALI (ex Vox Populi!) « Koro Song » 5’37
THE GRIEF « Dissas » (feat Sainte Jasmine) 4’34
LES TETINES NOIRES O’dogo 2’52
LITTLE NEMO vs DOCTOR OLIVE « Hearts Burn » 4’32
DAZIBAO « Hendi » 3’30
M.K.B (Messageros Killer Boy) « Génotype du Messagero Killer Boy » 7’09
DIE BUNKER « Boule Souvenir » 4’26
KAS PRODUCT « Miracle » 4’16

total lenght 74’01
——–
+ BONUS MP3
MARTIN DUPONT : « Your Passion » 3’32
NORMA LOY « Sacrifice (Metal

Catégorie :

Description

L’idée était de demander aux différents groupes cités plus bas, de reprendre, re-jouer, ré-interpréter, re-mixer… un titre qui leur paraît représentatif ou qui leur est cher, extrait de leur propre discographie.
Il s’agit donc un peu plus que d’une simple compilation jouant sur la nostalgie d’une époque et d’une scène active, un peu plus qu’une simple compilation revival.
En effet la reprise d’un titre phare extrait de ces précédentes éditions, a un écho particulier et nouveau; puisque ré-interpré avec une nouvelle vision et toute l’évolution, les variations d’optiques d’un groupe, d’une identité ou d’une personnalité.

A compilation around the French 80’s scene, the idea is each participant re-play is own title 10,15 or 20 years later in 2004.
A kind amazing and unrealeased auto-cover or auto-tribute.

Rédaction du livret : David Sanson
Remastering : Norscq
Graphisme : Labomatic

L’écho-location, c’est ce système qui permet à la chauve-souris – ainsi qu’à tout un tas de mammifères marins, mais l’analogie, ici, semble moins pertinente – de s’orienter dans la pleine obscurité, de s’y déplacer et d’y faire la chasse : en émettant des ultra-sons qui lui sont renvoyés lorsqu’ils rencontrent un obstacle ou une proie, et qu’elle convertit instantanément en images. Au-delà de ses résonances “batcave”, voilà un terme particulièrement bien choisi pour ce qui nous occupe ici. Car le rock, quel que soit son style, est avant tout un âge ; le son n’y est pas tant important que les souvenirs auxquels on le rattache – les images qu’il éveille, les échos qu’il renvoie en chacun de nous, les lieux, enfin, ou les événements auxquels notre mémoire associe sa découverte.

Echos venus du milieu des années 1980. De Châteauroux, petite ville de province dont les basses maisons et les quelques usines désaffectées constituent un cadre propice à l’éclosion d’un spleen bien new wave. The Cure, Joy Division, Section 25, Siouxsie & The Banshees, lorsque je découvre ces groupes, certains sont déjà morts, mais tant pis. La musique crée des liens, rend possible certaines rencontres qui à leur tour permettent de s’y immerger plus avant. Un jour, je croise grâce à une émission de radio un jeune branché – lunettes noires, cheveux en pétard, pochoir de Virgin Prunes toujours à portée de main – qui me vend une copie de la première compilation du petit label qu’il a créé. Une cassette sertie dans un boîtier VHS, présentant des morceaux inédits de groupes originaires de la région (Opéra Multi-Steel de Bourges, Collection d’Arnell Andrea de Gien), mais aussi d’autres, de Dijon (Résistance, Pavillon 7B), de Paris ou d’Amiens (Pour l’Exemple, ex-Guerre Froide) : des musiques qui me donnent envie de continuer à progresser à travers cette scène bien obscure et aux ramifications innombrables. Je me promets qu’un jour, j’écrirai quelque chose sur la cold wave française. Aujourd’hui, on ne dit plus cold wave, mais “post-punk”, le Châteauroux et les musiques de ma jeunesse ont disparu, remplacés par d’autres, le jeune branché en question, Rainier Lericolais, mène une florissante carrière de plasticien et de musicien sur ce label, Optical Sound, et voici la boucle bouclée.Localiser, circonscrire, géographiquement ou stylistiquement, la scène post-punk française, n’est pas chose facile. Il n’y a pas une, mais des scènes, fédérées autour de villes et de labels, étranges collectivités dont l’image se surimprime à celle des artistes, contribuant à leur identité autant qu’à leur mystère. Parmi les premières, il y a Rennes, la ville de Marquis de Sade et des Transmusicales, mais aussi de Complot Bronswick, End of Data, etc. etc. Ou encore Paris, inévitablement, ses salles de concerts mythiques que je ne connaîtrai jamais, l’Eldorado, le Cithéa, le Rose Bonbon, l’Opéra Night et ses soirées “La Sébale”, et tous les groupes qui y gravitent.

Parmi les seconds, il y a le label Divine/Madrigal, situé au 140, rue du Théâtre dans le XVe arrondissement, dont les pochettes et les artistes, qu’ils soient français (Complot Bronswick, Tanit, Seconde Chambre…) ou étranger (Mecano, Flue, Fra Lippo Lippi…), possèdent un son propre, charriant tout un imaginaire façon puzzle constructiviste. L’Invitation au Suicide au Havre, et ses disques aux allures d’œuvres d’art, qui publie, à côté de Christian Death ou du premier mini-LP de Certain General, Les Provisoires ou les débuts de Jad Wio. Sordide Sentimental à Rouen. Ou encore Garage, adossé aux studios du même nom à Ménilmontant, avec les Bonaparte’s, Baroque Bordello (deux groupes produits par Laurence Tolhurst de Cure), Jad Wio bientôt, Môme Rath, autant de formations qui échangent leurs musiciens, se fécondent les unes les autres, écrivant une histoire parallèle que l’on peut suivre à travers les notes de pochette ou les pages de la presse spécialisée (New Wave, L’Équerre, Out Of Nowhere…), un échevau de noms et de visages qui ressemblerait à un roman underground de Modiano, à une installlation rock de Boltanski.

C’est aussi l’époque des cassettes, l’équivalent du CD aujourd’hui : on peut les acheter partout, y compiler jusqu’à 90 minutes de musique, les copier et les diffuser facilement. La cassette a ses labels – voir V.I.S.A. ou A.C.I. (Aspects d’une Certaine Industrie), Présage (la première compilation Unreleased). La plupart des groupes d’alors effectueront leurs premiers pas sur ce support, et pour certains, comme Brigade Internationale, Guerre Froide, A.R.T. ou Wallenberg (ah, ces noms !), la cassette constitue même l’unique preuve de leur existence, preuve infiniment fragile que ce mince ruban qui s’use à mesure qu’on l’écoute, le dévide et le rembobine.Ainsi une bonne partie de l’histoire musicale de cette période s’est purement, simplement effacée. Faute de rééditions, tout un pan de ce patrimoine discographique est tombé dans l’oubli : faut-il se souvenir de Leitmotiv (deux très beaux 45 tours et un maxi retenant le meilleur de Bauhaus et de Joy Division), Odessa, Trop Tard, d’Achwghâ Ney Wodei et des autres ? Même le premier album d’Orchestre Rouge, le groupe de Théo Hakola, pourtant produit par Martin Hannet (Joy Division, ESG), n’est jamais sorti en CD…

Certes, tout n’est pas d’égale valeur dans ce patrimoine, certes, beaucoup de ces groupes en singeaient d’autres, en général anglo-saxons, et parfois bien approximativement ; certes, les grands albums de cold française se comptent sur les doigts d’une seule main, et tous ces disques n’ont pas aussi bien vieilli, ne possèdent pas la force visionnaire des productions de Kas Product ou de Marquis de Sade. Mais il y avait sur cette scène suffisamment de talents et d’inconscients pour forger un imaginaire et des légendes. Et puis après tout, n’est-ce pas précisément ce que l’on peut demander de mieux à une chanson, que d’être datée ?
“Le temps, qui connaît la réponse, a continué de couler”, écrit Perec vers la fin d’Un homme qui dort. Je me souviens de la basse charnue et tranchante de Pascal Humbert (Orchestre Rouge) sur le Wawel Song de Tanit, du magnétisme de Philippe Pascal, de la carrure spectaculaire de Jamil Saïarh, de la guitare en métal argenté de Mona Soyoc.

Je me souviens d’un spectacle de Die Bunker lors duquel le chanteur flottait au-dessus de la scène, de la Tragic Venus de Norma Loy, de Philippe Pascal, encore, se jetant dans le public à la fin d’un concert de Passion Fodder et se faisant très mal. Je me souviens des soirées Touching Pop à répétition, d’un concert de Nox au Mans, avec Test Department, plein de bruit et de fureur. Je me souviens du Printemps de Bourges 1986, d’une reprise théâtrale de Bonnie & Clyde par Baroque Bordello, de Jad Wio livrant un show tendu avec juste deux guitares, deux voix, une boîte à rythmes, de Karl Biscuit qui attendait le public assis dans un fauteuil sur la scène. Je me souviens du jour où j’ai enfin trouvé le 45 tours Santa Maria de Clair Obscur, le dernier disque du groupe qui me manquait, avec son tableau de Munch reproduit à la chaux vive. Je me souviens de New Rose (rue Pierre Sarrazin), de Danceteria (rue du Cardinal Lemoine), des Établissements Phonographiques de l’Est (rue du Chemin Vert), toutes ces boutiques aujourd’hui disparues. Je me souviens avoir découvert Asylum Party et Vox Populi! sur FR3 (on dit aujourd’hui France 3), dans l’émission Décibels présentée par Jean-Lou Janeir. Je me souviens d’un des rares concerts organisés à Châteauroux, celui d’Anechoic Chamber, dont l’unique album allait être produit par Edward Ka-Spel des Legendary Pink Dots. Je me souviens de cette boîte de nuit de Selles-sur-Cher, le Bleu nuit, où l’on pouvait danser sur The last song de Trisomie 21, des chroniques de Georges Daublon dans Best et du numéro de 1987, avec ZZ Top en couverture, dans lequel j’ai appris sa mort.Le but d’Echo Location est aussi de proposer des allers-retours dans l’espace-temps. De faire émerger certaines zones d’ombres de l’underground français des années 1980, de les ramener vers nous, de les faire revivre. Les artistes ici présents excèdent largement le champ de la cold wave au sens strict. Bien que tous issus, plus ou moins directement, de la scène post-punk, ils ont majoritairement suivi un cheminement original, les rattachant pour certains à la musique industrielle ou expérimentale, pour d’autres à une électronique encore balbutiante, certains, enfin, demeurant résolument inclassables. Tous ont en commun d’avoir, une bonne dizaine d’années durant, agi et œuvré dans le même vaste périmètre souterrain. Leurs parcours, leurs discographies et leurs biographies font apparaître des constantes, des similitudes, des échos insoupçonnés : on y retrouve, y découvre parfois les mêmes noms (de personnes, de lieux, de labels) familiers, tissant un étrange réseau d’ombres.

À l’instigation d’Optical Sound, ces musiciens ont été invités à reprendre, rejouer, réinterpréter, remixer, etc. un titre qui leur paraît représentatif ou qui leur est cher, extrait de leur propre discographie, ou parfois inédit. À nous donner à entendre chaque morceau sous un jour nouveau, avec son visage d’aujourd’hui, et derrière ce visage, en creux, l’évolution, les variations d’optique, d’identité ou de personnalité de ses auteurs. Parce que la nostalgie n’est vraiment belle que si elle est productive.David Sanson

credits

released February 23, 2005

ECHO LOCATION

PROJET IMAGINE ET REALISE PAR PIERRE BELOUIN
GRAPHISME LABOMATIC ULTRALAB
MASTERING NORSCQ
REDACTION LIVRET DAVID SANSON